Archive de la catégorie ‘Actualité’

L’affaire Eric Blaise : chronique d’un malaise

Mardi 2 décembre 2008

Emission Sur les docks (France culture) : Affaires à suivre (2/4)

Eric Blaise a été arrêté le mercredi 9 novembre 2005 à Epinay en compagnie d’un de ses frères et de deux copains. Ils avaient un peu bu et s’amusaient à tirer sur des canettes de bière vides à l’aide d’un pistolet à billes. Après les nuits chaudes des banlieues, des habitants avaient, semble-t-il, appelé la police. Le frère d’Eric et l’un de ses copains furent libérés après vingt-quatre heures de garde à vue. Éric et son copain passèrent en comparution immédiate après une garde à vue de cinquante heures : le copain fut condamné à trois mois de prison avec sursis et cinq ans de mise à l’épreuve ; Éric fut condamné à quatre mois de prison dont deux fermes et dix-huit mois de soins pour alcoologie. Après sa condamnation, Éric aurait été transféré à Fleury-Mérogis. Il y serait arrivé le samedi 12 novembre à 0h40. Le samedi après midi, il n’aurait pas voulu regagner sa cellule et y aurait été remis de force. Là, il aurait tout cassé. Un médecin et les pompiers seraient intervenus, selon les déclarations du substitut.
Dans une lettre écrite samedi, Éric déclare :
« (…)Le juge m’a dit que j’étais là pour quatre mois, mais si je ne fous pas le bordel j’en ai pour deux mois… Je ne bois plus une goutte d’alcool et je ne m’en porte pas plus mal. En prison, aujourd’hui samedi, ils me donnent des médicaments pour que ça continue (…) ». Ses parents ne comprennent pas le ton plutôt calme et raisonné de cette lettre qui ne cadre pas avec la suite des événements. Car Éric est retrouvé mort le dimanche 13 novembre à 7h du matin dans le quartier disciplinaire où il avait été placé.
Aujourd’hui la question demeure entière : de quoi et pourquoi Éric Blaise est-il mort ?

En revenant avec précaution sur l’affaire Eric Blaise, toujours en cours d’instruction, ce documentaire de « Sur les docks » mettra en lumière le nombre préoccupant de suicides en prison, révèlera la difficulté de mener une prévention efficace auprès des détenus, notamment mineurs, alors que les prisons sont dans un état « détérioré » comme le disent professionnels et associatifs. Quatre-vingts détenus se sont donné la mort depuis le début de cette année.
Selon la secrétaire générale de la CGT-pénitentiaire, Céline Verzeletti, le nombre de suicides en prison « reste excessif et cinq à six fois plus élevé qu’à l’extérieur ». Les chiffres disponibles concernent les seuls suicides et non les tentatives. On en recensait cent quinze en 2004, cent vingt-deux en 2005, quatre-vingt quatorze en 2006, quatre-vingt seize en 2007, selon la CGT. Céline Verzeletti constate « qu’on est loin » de l’objectif d’une baisse de 20% des suicides en cinq ans en milieu carcéral, inscrit dans le rapport gouvernemental de décembre 2003 rédigé par le psychiatre Jean-Louis Terra.
L’Observatoire International des Prisons (OIP) met en avant le cas des quartiers disciplinaires, où on note « sept fois plus de suicides qu’en cellules ordinaires », ainsi que « l’indigence » de la prévention chez les mineurs.
Un décret de la Ministre de la Justice Rachida Dati prévoit désormais que tout mineur condamné sur le point d’être placé en détention sera présenté au préalable à un magistrat du parquet qui lui expliquera les raisons pour lesquelles il entre en prison.
Un médecin intervenant en prison fustige le double discours de la garde des Sceaux, qui préconise « de s’occuper des détenus tout en les faisant entrer à la pelle en prison ». En 2003, le rapport Terra estimait déjà que « les possibilités d’amélioration sont limitées par la surpopulation carcérale », phénomène encore aggravé aujourd’hui. On dénombrait au 1er septembre 2008 soixante-deux mille huit cent quarante-trois détenus pour cinquante mille huit cent quatre-vingt une places…

Un documentaire de Simon Guibert et Yvon Croizier
Avec Sophie Baron-Laforêt, psychiatre ; Céline Verzeletti, secrétaire générale de la CGT-pénitentiaire ; François Besse, membre de l’Observatoire International des Prisons ;Elizabeth Fleury, journaliste au « Parisien » en charge de la justice ; Hafed Benotman, écrivain, ancien prisonnier.
Producteur coordonnateur : Alexandre Héraud
Producteur délégué : Simon Guibert
Réalisation : Yvon Croizier

La prison à 12 ans pour les jeunes délinquants

Mardi 2 décembre 2008

Les jeunes délinquants pourraient aller en prison dès l’âge de 12 ans en France, selon le rapport d’une commission parlementaire chargée de réfléchir à la justice des mineurs rapporte le quotidien La Croix, vendredi 28 novembre. La ministre de la justice, Rachida Dati, avait demandé le 15 avril à cette commission de 32 membres (magistrats, policiers, avocats, parlementaires, éducateurs) de réfléchir à une réforme de l’ordonnance du 2 février 1945 « relative à l’enfance délinquante ». La dernière réforme, dans le cadre de la loi d’août 2007 sur la récidive, permettait de juger comme des adultes certains mineurs de 16 à 18 ans.

Selon La Croix, les membres de la commission, présidée par André Varinard, professeur d’université, se sont mis d’accord pour fixer à 12 ans l’âge à partir duquel un enfant peut être pénalement responsable de ses actes. Actuellement, cet âge est laissé à l’appréciation du juge, avec un critère subjectif, celui du discernement. Selon le quotidien, certains membres de la commission, notamment des policiers, auraient préféré l’âge de 10 ans. La proposition à 12 ans risque de provoquer de vives réactions, la plupart des autres pays d’Europe ayant fixé l’âge de la responsabilité pénale au-delà de 14 ans. La défenseure des enfants recommandait de ne pas descendre au-dessous de 13 ans, souligne La Croix.

La commission devrait proposer aussi la création d’un code pénal spécifique pour les mineurs, comme l’a souhaité le 21 novembre, à Avignon, Rachida Dati, qui prévoit un examen au Parlement en juin 2009 du projet de réforme. Selon une source proche du dossier confirmant des informations du Nouvel Observateur paru jeudi, la commission préconise également la création d’un tribunal des mineurs à juge unique à la place du tribunal pour enfants collégial actuel. Une peine d’emprisonnement de fin de semaine est en outre proposée afin de permettre la poursuite de la scolarisation des mineurs délinquants, dont le parcours jusqu’à la majorité serait consigné dans un dossier unique de personnalité.

Le principal syndicat d’éducateurs judiciaires, le SNPES-PJJ, a annoncé jeudi qu’il déposerait un préavis de grève la semaine prochaine, sans doute le 3 décembre, lorsque seront rendues les conclusions de la commission chargée de réformer l’ordonnance de 1945.

Article publié sur LeMonde.fr le 28 novembre 2008.

« Jeunes en prison, début ou fin des problèmes? »

Mardi 25 novembre 2008

Dans le cadre des JNP (Journées Nationales Prison), le GENEPI participe à l’organisation d’une table ronde, samedi 29 novembre, à 14 heures, au Temple du Change, Lyon 5ème.

 

Cet événement s’inscrit dans le cadre d’une campagne nationale, organisée par le GNCP (Groupe National de Concertation Prison), collectif d’associations auquel participe notamment l’ANVP (Association nationale des visiteurs de prisons), le Secours catholique, la FARAPEJ (Fédération des associations réflexion et action prison et justice), les Aumôneries des prisons catholique et protestante, l’Uframap (Union des fédérations régionales des associations de maisons d’accueil de familles et de roches des personnes incarcérées), Auxilia, la Croix-Rouge, le Relais Enfant-Parent… Le thème de cette campagne s’intitule cette année : « Jeunes en prison, début ou fin des problèmes ?« 

 

La table ronde proposée à Lyon cette année devrait accueillir :

  • M. Lamothe, psychiatre au SMPR
  • M. Petitclerc, du cabinet de Mme Boutin
  • M. Julian, directeur de l’EPM de Meyzieu (Etablissement pénitentiaire pour mineurs)
  • Mme Mazard, de la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse)
  • M. Berloin, aumônier protestant à l’EPM.

La présentation des intervenants sera suivie d’un débat avec le public.

Café citoyen : Femme de parloir

Lundi 24 novembre 2008

Le GENEPI participe au café citoyen organisé par le CCO (Centre culturel Oecuménique) de Villeurbanne, le mardi 16 décembre à 19 heures.

 

Femme de parloir, de Duszka Maksymowicz

 

Lecture mise en espace suivie d’un débat sur l’univers carcéral, les conditions de détention, les alternatives à la prisonDuszka Maksymowicz, médecin, visiteuse de prison, rencontre Micha, Détenu Particulièrement Surveillé, condamné à perpète, muet suite à deux cancers. Un taulard en acier trempé. Débute alors une histoire d’amour dans un milieu qui l’interdit. C’est l’histoire d’une femme qui va plonger dans l’univers carcéral pour en sortir « son homme ». C’est également celle de toutes ces femmes anonymes, coupables d’un amour mal venu et sur qui pèse le poids de la condamnation de l’homme qu’elles aiment.

 

Mise en scène / adaptation : Michel Laforest Décor / graphisme : Clarisse Morel / Vidéo : Sandrine france Univers sonore : Olivier Lagier / Avec : Marie Neichel Une production Compagnie Bosse

 

– CCO : 39 rue Georges Courteline 69 100 Villeurbanne – Tél. 04 78 93 41 44 Bus : 27, 37, 38 arrêt « Antonins » à 140 mètres. – Tram : Ligne 1 arrêt « Insa-Einstein » à 400 mètres.

Suicides en prison : l’histoire qui donne tort à Rachida Dati

Mercredi 19 novembre 2008

Octobre touche à sa fin et, depuis le début de l’année, 96 détenus se sont déjà suicidés en prison. Un chiffre en hausse puisque, comme le rappelle l’Observatoire international des prisons (OIP), on a atteint en dix mois l’équivalent de l’année 2007.

Alors que plusieurs cas ont été médiatisés ces dernières semaines, et tandis que les chiffres s’emballent (+18% par rapport à 2007 à cette période de l’année), Rachida Dati, la Garde des Sceaux tente de colmater les brèches.

Deux dispositions préconisées par la place Vendôme permettraient notamment d’endiguer la tendance:

 

  • installer des interphones dans chaque cellule
  • mettre en place des « rondes spéciales » pour les détenus les plus fragiles psychiquement

Alors que le contrôleur général des prisons, Jean-Marie Delarue, s’est prononcé en faveur des interphones (« un remède intéressant, mais insuffisant », nuançait-il mercredi sur LeMonde.fr), un nouveau procès offre cependant un autre éclairage sur les projets de Rachida Dati.

Lundi 3 novembre, le tribunal correctionnel d’Avignon jugera en effet une affaire mettant en cause un surveillant de prison, toujours en exercice, et un ancien détenu de la prison du Pontet, à Avignon. Ce dernier est âgé de 64 ans, il est libre depuis trois ans. Nous l’appelerons D.

Le cas d’espèce qui contredit Rachida Dati

D. a rencontré B. en prison, le 22 janvier 2004. Lorsque D. est écroué pour une peine de trente mois (il sera libéré au bout de vingt-et-un mois), son voisin de cellule, B., a déjà purgé trois mois en préventive. B. est accusé de tentative d’assassinat, mais il est aussi gravement dépressif. Le psychiatre qui le suit à l’intérieur de la maison d’arrêt l’a mis sous traitement, au vu de ses tendances suicidaires. A 44 ans, B. avait même été hospitalisé d’office à deux reprises.

Dans la nuit du 1er au 2 avril 2004, B. se suicide -overdose médicamenteuse. A quelques mètres de D., qui est réveillé dans la nuit par les bruits anormaux que fait son voisin. Il est environ 2h30 quand D. émerge et comprend que son codétenu (avec qui il affirme avoir toujours entretenu des relations paisibles) a de graves problèmes de santé.

A l’aide de l’interphone, il prévient le surveillant de garde. Qui lui aurait demandé de patienter, affirme D. Ce dernier commence alors à veiller son voisin de cellule, en le plaçant en position de sécurité. Il finit par s’assoupir, et ce n’est qu’avec la ronde de routine, le lendemain matin, à 7 heures, que tout le monde prend conscience que B gît dans son vomi et son urine.

Non-assistance à personne en danger

Au moment de la ronde, il est 7 heures, et B. est encore vivant. Il décède juste après, avant l’arrivée des secours. Depuis, quatre grosses années ont passé, et une instruction a été ouverte pour rechercher les circonstances de la mort du détenu dans cet établissement pénitentiaire.

C’est dans ce cadre de cette enquête que D., comme le surveillant, ont été mis en examen pour « non assistance à personne en danger », un terme qui implique une dimension « volontaire ».

Ce sont les enfants du défunt qui ont déposé plainte. Depuis la prison d’Avignon a connu d’autres suicides: deux en 2007 et déjà deux autres, cette année, depuis le mois de janvier.

Pour l’Observatoire international des prisons, rendre un détenu responsable de la sécurité d’un autre détenu sous prétexte qu’on installe des interphones et qu’on signale les sujets les plus fragiles est dangereux:

 

« Si on ne prend pas en compte la souffrance, Rachida Dati pourra mettre en place tous les dispositifs qu’elle veut, ça ne servira à rien. Surtout si l’on fait porter toute la responsabilité sur le codétenu, sachant que la mort d’un voisin de cellule entraîne déjà une grande souffrance morale. »

Un détenu coupable du suicide d’un autre?

Me François Arlaud, qui assurera lundi la défense de D. (« un homme très isolé, qui avait déjà du mal à rebondir après son séjour en prison et qui reste affecté par le suicide de B. »), plaidera que son client n’a pas failli:

 

« Mon client a bien alerté le surveillant par l’interphone, c’est celui-là qui a décidé de ne pas intervenir, demandant à distance à B. d’arrêter d’empêcher mon client de dormir. Ensuite, il a précisé aux deux hommes de cesser de le déranger. Il a même demandé à mon client de faire vomir son voisin, avant de lâcher « demain, il fera jour ». C’est à ce moment-là que mon client s’est rendormi.

Mais, si les deux rondes ont bien eu lieu, et sachant que l’autre détenu avait été placé sous surveillance spéciale, pourquoi n’ont-ils pas repéré le problème? Les œilletons placés à la porte des cellules n’ont donc pas été ouverts? Et pourquoi le surveillant n’a-t-il pas prévenu le gradé, seul à avoir les clefs des cellules la nuit? »

A l’instruction, il sera dit que l’on ne pouvait distinguer l’état de détresse avancée dans lequel était B., allongé au sol avec ses habits, parce que les détenus dorment souvent sur des matelas à même le sol, surpopulation carcérale oblige. Et c’est vrai qu’au moment du suicide de B., le taux d’occupation des lieux est de 135%. Mais, dans la cellule 117, cette nuit-là, il n’y avait que B. et D., avec chacun son lit, et donc aucune raison pour que B gise par terre.

Depuis les faits, le surveillant n’a reçu aucune sanction administrative, précise Me Tarrifou, collaboratrice de l’avocat qui défendra le gardien de prison, lundi, au tribunal. Les avocats n’ont d’ailleurs eu écho d’aucune enquête en interne.

Le suicidé « pouvait très bien alerter les secours »

Peu bavarde (« je n’ai rien à vous dire, vous verrez bien notre ligne de défense à l’audience »), elle finit par glisser que son client n’a « rien à se reprocher »:

 

« Notre but est d’analyser le dossier sans ses implications dans le débat d’actualité. Notre client a fait tout ce qu’il avait à faire. Il n’a pas mis en danger ce détenu. C’était à son voisin de cellule de prévenir en temps voulu. Voire à la victime elle-même, qui était tout à fait en état de l’alerter. »

Déjà, il y a trente ans…

Ni l’administration pénitentiaire, ni le cabinet de Rachida Dati n’ont donné suite à nos demandes lorsque Rue89 les a sollicités sur cette affaire. Mais il est certain que le procès qui s’ouvre lundi tombe mal pour la ministre de la Justice, dont le nouveau dispositif passe pour de « fausses bonnes idées » à l’aune de ce cas d’espèce.

Or, si le rythme de suicides s’est accéléré, la problématique n’est pas nouvelle: il y a trente-deux ans, on parlait déjà de la nécessité d’améliorer le suivi psychiatrique en prison, comme le montre ce documentaire de 1976 :

Là où Rachida Dati préconise des cellules doubles pour les détenus fragiles, afin de mieux responsabiliser les prisonniers entre eux, on notera au passage qu’en 1967, la toute première directrice de prison vantait justement à Marguerite Duras les cellules individuelles, symboles de l’avenir carcéral…

Photo : un prisonnier à la santé, à Paris, en janvier 2000 (Charles Platiau/Reuters).

Article de Chloé Leprince, publié le 30 octobre 2008 sur Rue89

Cour d’appel de Lyon : un détenu comparaît avec des chaînes aux pieds

Mercredi 19 novembre 2008

La section française de l’OIP informe des faits suivants :

Le 28 octobre 2008, un détenu a comparu devant la Cour d’appel de Lyon (Rhône) avec des entraves aux pieds, en méconnaissance des dispositions du Code de procédure pénale et du principe des droits de la défense.

Le 28 octobre 2008 à 13h30, un homme, comparaissant détenu, a été présenté les entraves maintenues aux pieds à la 4ème chambre correctionnelle de la Cour, chargée de le juger. La salle d’audience ne disposant pas de box, il a dû s’avancer à la barre pour répondre aux questions en progressant à petits pas, les chaînes traînant sur le sol. Seules les menottes lui ont été ôtées par les forces de l’ordre pendant le temps de sa comparution, pour être aussitôt remises lors du passage des autres dossiers.

C’est ce qu’a pu constater l’OIP, présent lors de l’audience.Interpellé par courrier, le Procureur général près la Cour d’appel a contacté l’association le 10novembre, expliquant avoir été « effaré » et n’avoir « jamais vu ça de [sa] carrière ». Il précise quemême dans le cas de personnes « éminemment dangereuses » – ce qui ne lui semblait pas être le cas en l’espèce – « on renforce simplement les forces de police présentes dans la salle ». Il explique qu’il s’agit d’un « excès de zèle d’un gendarme », le président de l’audience lui ayant indiqué que, « plongé dans ses dossiers », il n’avait pas remarqué que le prévenu était entravé aux pieds. Et le Procureur d’indiquer qu’il a « donné des instructions » afin que cette situation ne se renouvelle pas.

L’OIP rappelle que l’article D. 283-4 alinéa 2 du Code de procédure pénale dispose qu’ « aucun lien ne doit être laissé à un détenu comparant au moment de sa comparution ».

Pour confirmation : Céline Reimeringer (06 50 73 29 04)

Journées nationales prison

Mercredi 19 novembre 2008

Le Groupe local de concertation prison (GLCP) organise chaque année dans toute la France les Journées Nationales Prison (JNP). Cette année, elles se dérouleront notamment à Lyon, du 24 au 29 novembre 2008.  Une conférence-débat aura lieu le 29 novembre à 14h au Temple du Change (2 rue Soufflot, Lyon 5°). Elle aura pour thème : « Jeunes en prison : fin ou début des problèmes ? », et réunira pour l’occasion des personnalités issues du monde carcéral et judiciaire.

Depuis 2007, des établissements pénitentiaires spécialisés pour mineurs (EPM) ont ouvert. Sommes-nous aujourd’hui en mesure de réaliser un premier bilan ? Certains considèrent que les mineurs n’ont pas leur place en prison, d’autres au contraire estiment que la prison peut constituer un choc salutaire pour ces jeunes et rompre avec leur parcours de délinquant.

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Journées nationales prison dans Evènements moz-screenshot

Suicides ou morts suspectes en détention : trois détenu-e-s se sont donné-e-s la mort depuis le 24 octobre.

Mercredi 5 novembre 2008

Le nombre de suicides ou de morts suspectes en prison ne diminue pas. Les dates, sexes et lieux des suicides sont inconnus. Un suicide ou mort suspecte tous les trois jours en prison, 7 fois plus qu’en milieu libre. Manquement grave de l’administration pénitentiaire. L’omerta continue sur la réalité des chiffres quant aux conditions et lieu réel du décès [1] . 3 détenu(e)s se sont donné(e)s la mort depuis le 24 octobre. Les dates, sexes et lieux des suicides sont inconnus.

Nous exigeons, les familles et proches exigent la vérité de la part de l’administration pénitentiaire et des autorités judiciaires afin que toute la lumière soit faite sur ces nouveaux décès.

96 suicides et morts suspectes depuis janvier 2008  ; nous savons que ces chiffres ne reflètent pas la réalité. La création de l’Observatoire des suicides et des morts suspectes sur le site prison.eu.org [3] a permis d’interpeller l’opinion publique.

[1] Omerta : Par extens. Loi du silence imposée par un groupe. (Le nouveau Littré, 2006)

Le premier véritable problème posé par ces statistiques est que non seulement elles « oublient » le comptage des personnes incarcérées qui décèdent hors les murs – à l’hôpital, par exemple -, mais que surtout elles sont globales : l’administration pénitentiaire se garde bien de communiquer le résultat de son décompte macabre année par année et prison par prison en omettant de publier l’âge, le lieu dans la détention (quartier disciplinaire, quartier d’isolement cellule d’arrivant etc…), et cultive l’opacité la plus absolue lorsqu’il s’agit d’obtenir des explications précises quant aux conditions dans lesquelles ces femmes, ces enfants, ces hommes sont décédés. Ces statistiques [2] transmises par Pierre Tournier chercheur au CNRS, ne disent rien sur les souffrances des proches, leur prise en charge psychologique, leur prise en charge financière, et sur la manière dont l’information leur est transmise ou pas…

[2] http://www.prison.eu.org/article.php3 ?id_article=11239#statistiques

[3] http://www.prison.eu.org/rubrique.php3 ?id_rubrique=68

-  « L’ensemble des études pointent comme des périodes de particulière vulnérabilité, outre l’entrée en détention, certains moments particuliers :

- la période correspondant au jugement ;

- le placement au quartier disciplinaire ;

- la période postérieure à une tentative de suicide ou à une automutilation. ».

Circulaire du 26 avril 2002 NOR JUSE0240075C sur la Prévention des suicides dans les établissements pénitentiaires.

-  « le droit à la vie : il est nécessaire de montrer que l’administration pénitentiaire doit tenir compte de cette obligation dans la mise en place de certaines procédures (quartier disciplinaire, isolement…). ».

Conclusion du 20 octobre 2003 du Rapport de la CNCDH sur les droits de l’homme en prison.

Contact Presse : Charlotte Paradis, 06-62-85-62-97, redaction@banpublic.org

Communiqué du 31 octobre 2008 de Ban public.

A côté

Mercredi 5 novembre 2008

Documentaire français de Stéphane Mercurio (1h32min).

Pas de cellule, pas de gardiens, encore moins de détenus. Juste des femmes qui attendent, qui se font belles, qui se remontent le moral, qui craquent parfois, espèrent toujours. Elles sont femmes de détenus, mères de détenus. Elles viennent une, deux, parfois trois par semaine, toutes les semaines pendant des mois, voire des années. Ces Pénélope des temps modernes vivent au rythme de leur homme à l’ombre. Un temps suspendu.

Elle va avoir 17 ans. Elle est mariée – enfin, selon les rites des gens du voyage, qui ne comptent pas pour l’administration. Alors, son mec emprisonné, elle n’a pas le droit de le voir. Peu importe : tous les jours, elle s’installe dans la petite maison d’accueil qui jouxte la prison de Rennes. Et elle lui écrit.

 

Une autre femme approche la soixantaine. Trente-neuf ans de mariage, dont trente et un de parloir. Les « bêtises » que son mari a accumulées les unes après les autres, elle ne les nie pas, mais ne veut pas en parler. « C’est sa vie, résume-t-elle, la mienne, c’est d’être à ses côtés… »

 

Ces femmes qui viennent le plus souvent possible voir leurs maris, leurs frères, leurs fils, emploient toutes les mêmes mots, simples, résignés : « C’est pas gai. » Ou, plus révélateur de leur écrasement : « C’est comme ça. » Certaines arrivent désespérées et s’en vont presque heureuses, parce qu’ « il » était bien. D’autres, qui affichent un sourire de commande, repartent complètement rava­gées, parce qu’« il » était triste ou qu’« il » leur a fait la gueule… Elles ont toutes une histoire à raconter, à partager, et le regard attentionné de Stéphane Mercurio en fait soudain des héroïnes, révoltées et fourbues. En loques et pourtant indestructibles…

 

Les mômes à élever. L’argent à économiser. Et puis du temps à trouver coûte que coûte : trois heures de train ou de voiture pour trente minutes de parloir, c’est pas la joie. Encore moins quand il n’y a pas de parloir du tout, parce que celui qu’elles viennent voir a été transféré, sans avertissement préalable, bien sûr. Ou envoyé à l’hôpital. Pourquoi ? Impossible de le savoir, le personnel étant tenu au secret. Elles repartent alors, engluées dans une angoisse qui se dissipera, des heures, des jours après, avec l’arrivée d’une lettre ou du prochain parloir…

 

Ce sont juste des entretiens, une suite de témoignages comme on en a déjà beaucoup vu, mais si beaux, si déchirants qu’on en a les larmes aux yeux. Au fond, Stéphane Mercurio a tourné un mélo à la Douglas Sirk autour de ces prisonnières en liberté, en double peine, payant pour les fautes d’hommes qu’elles continuent d’aimer.

 

Critique de Pierre Murat parue sur télérama.fr le 1er novembre 2008.

Explosion carcérale dans l’indifférence …

Mercredi 24 septembre 2008

 

Prenons nos prisons pour des réalités. Que dire de la situation carcérale en 2008 sinon qu’elle est explosive ? Bien sûr il ne faudrait pas gommer les diversités des situations, les efforts de rénovation, l’implication incroyable des professionnels pour faire tenir debout l’édifice mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir que la vieille maison s’écroule.

 

Elle s’écroule sous le poids d’une insupportable surpopulation. On compte 64 250 personnes incarcérées au 1er juillet 2008 pour un peu plus de 50 806 places opérationnelles, un triste record pour la France. 16 412 personnes de plus qu’au 1er janvier 2001 ! Les maisons d’arrêt sont surpeuplées jusqu’à plus de 200% de leur capacité. Les détenus vivent à deux dans 9m², trois et parfois plus, dans 12m². Et ce, 22 heures sur 24. Cette situation est inacceptable pour la France : faire subir à des hommes des conditions de vie inhumaines et dégradantes est inconcevable dans une démocratie qui professe son respect des Droits de l’Homme. De la même façon, contraindre nos fonctionnaires, les agents de l’administration pénitentiaire, à travailler dans cette situation sans pouvoir rien faire ni dire est intolérable. Nous demandons que soit appliqué sans attendre le principe « une place pour une personne ».

 

La seule perspective proposée par le ministère de la Justice est la construction de places de prison supplémentaires. Construire ? Il s’agirait d’un travail sans fin : le fondement est de sable ! Opposons à la logique du construire plus pour incarcérer plus, la logique du construire mieux et incarcérer moins. Osons affirmer que la peine de prison est une peine d’une intense dureté, et qu’en conséquence, celle-ci doit-être l’exception. L’objectif d’une démocratie devrait être de réduire le nombre de ses établissements pénitentiaires.

 

La prison française n’est pas une miniature de notre société, elle en est un miroir déformant des inégalités et des faiblesses. 51% des personnes incarcérées n’ont pas de diplôme, le taux d’illettrisme est de 15%, le taux de personnes sans activité professionnelle lors de leur entrée en détention est de 55%. Les hommes, jeunes et pauvres, sont massivement représentés. Que n’a-t-on pas fait auparavant ?

 

Punir a un sens, celui d’apporter une réponse dans un cadre légal à la transgression du pacte social. Mais l’exécution de cette peine doit également en avoir un. Celle-ci doit être entièrement guidée par un objectif : celui de la réinsertion, retour à une vie responsable exempte de délit et de crime. Pour cela, deux solutions : d’une part l’individualisation de la peine, à l’inverse de ce qui est prévu par la loi du 10 août 2007 instituant des peines plancher et d’autre part, la mise en place d’un système pénal dans lequel la peine d’emprisonnement se déroule en milieu fermé pendant un temps puis en milieu ouvert.

 

Une loi pénitentiaire est attendue. L’avant projet de loi présente un patchwork de mesures permettant quelques timides avancées mais qui ne permettent toujours pas au droit commun d’entrer en détention. Nous faisons le vœu que les parlementaires puissent en faire bouger les lignes pour que cette loi soit une véritable déclinaison des règles pénitentiaires européennes. La loi doit pouvoir contribuer à rendre la prison transparente afin de permettre un contrôle du respect du Droit au sein des murs que la République a construits. Nous attendons beaucoup du nouveau Contrôleur Général des lieux de privation de liberté, nous espérons qu’il aura les moyens d’accomplir sa mission.

Tribune de Pierre Méheust (président du GENEPI en 2007-2008) et de Arnaud Philippe (président en 2008-2009), publiée dans La Croix le 4 septembre 2008.

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